Interview Sarah Durand – Experte e-commerce


Pour commencer, peux-tu nous raconter brièvement ton parcours et en quoi consiste ton métier aujourd’hui dans l'e-commerce ? Quels types de sites e-commerce accompagnes-tu et quelles sont tes missions principales ?

J’ai lancé ma première activité en indépendante pendant mes études. Depuis, j’ai accompagné des dizaines de marques à passer de “présentes en ligne” à performantes en ligne. Aujourd’hui, je co-dirige une agence spécialisée en Google Ads, SEO et e-commerce (Digiberries), avec une approche orientée croissance concrète : trafic qualifié, taux de conversion optimisé, paniers qui montent.

Je travaille aussi bien avec des DNVB, des e-commerçants indépendants que des marques à plusieurs millions de CA. Mes missions ?

Cadrer la stratégie, aligner les canaux, faire parler les données, activer les bons leviers (UX, SEO, SEA, e-merchandising...) au bon moment. Objectif final : scaler de manière stratégique.

Quels piliers (trafic, offre, UX, logistique, e-merch, SEO…) sont, selon toi, indispensables au succès d’une boutique en ligne ?

Un site e-commerce performant repose sur plusieurs fondations solides. Pour moi, les piliers indispensables sont :

  • Le trafic qualifié : via le SEO, les Ads, le social, l’emailing...

  • Une offre claire et différenciante

  • L’expérience utilisateur : rapide, fluide, mobile-first

  • Le e-merchandising : souvent sous-estimé, il est pourtant clé pour guider l’internaute et déclencher l’achat

  • Une structure SEO saine pour garantir une visibilité durable

  • Une logistique et un service client réactifs, qui renforcent la promesse

Ces piliers doivent être pensés ensemble, avec une logique de cohérence et de conversion.

Abordes-tu la présentation produit / le catalogage avec tes clients ? À quel moment et pour quels objectifs ?

Oui, systématiquement. Dès l’audit initial ou la phase de refonte, le catalogage est un sujet central. Il structure non seulement l’expérience utilisateur, mais aussi la performance SEO. Les objectifs sont multiples :

  • Faciliter la navigation et la recherche produit

  • Fluidifier les parcours d’achat

  • Optimiser le taux de conversion par catégorie

  • Mieux faire remonter les produits à fort potentiel

C’est aussi un levier pour créer des univers de marque cohérents et adaptés aux attentes des visiteurs.

Quels sont les 3 leviers incontournables pour rendre un catalogue plus vendeur sur un site ?

Des visuels puissants : haute qualité, contextes d’usage, zoom efficace. Une photo mal fichue = une vente perdue.

Des filtres UX-friendly + SEO-friendly : ils doivent guider l’utilisateur sans noyer Google. Filtres crawlables, mais maîtrisés.

Des micro-catégories stratégiques : basées sur les comportements utilisateurs, les volumes de recherche, et les intentions d’achat.

Ex. : “robes noires longues été” = bien plus vendeur qu’une simple “robe”.

Quand tu analyses un site, quels signaux te font dire que l’e-merch fonctionne ou pas ?

Les signaux sont à la fois visuels et comportementaux.

Ce qui fonctionne :

  • Une mise en avant logique (bestsellers, nouveautés, valeurs sûres)

  • Des listings clairs, sans surcharge

  • Des filtres utilisés et efficaces

  • Une navigation intuitive

Ce qui alerte :

  • Une arborescence trop complexe ou mal segmentée

  • Des pages catégories mal construites ou non optimisées

  • Des produits peu attractifs en haut de page

  • Une recherche interne qui ne remonte pas les bons résultats

Quels KPIs suis-tu pour vérifier qu’une optimisation visuelle porte ses fruits ?

  • Taux de clic sur les produits listés (CTR interne)

  • Temps passé sur les pages catégories

  • Taux de scroll et zones de chaleur (heatmaps)

  • Taux de conversion par catégorie / filtre / moteur interne

  • Et bien sûr : CA / session post-modif.

Si la vitrine est bonne, l’utilisateur navigue mieux, clique plus, achète plus vite.

Infinite scroll ou pagination : qu’est-ce qui sert le mieux le SEO, et dans quels cas ?

Pour le SEO, la pagination reste plus fiable car elle permet à Google de crawler l’ensemble des produits plus efficacement.

Cependant, si l’UX prime, on peut envisager un scroll infini hybride, avec des URLs qui se mettent à jour dynamiquement et une pagination HTML en fallback. C’est une bonne solution si le volume produit est élevé et que l’on souhaite fluidifier la navigation, à condition d’être très rigoureux sur l’implémentation.

Pour les bannières ou carrousels en homepage, quelles bonnes pratiques SEO recommandes-tu ? Quels pièges fréquents faut-il absolument éviter ?

  • Ne jamais placer le H1 dans un carrousel : il doit rester unique et fixe

  • Ajouter des textes alternatifs et descriptifs sur les visuels

  • S’assurer que le lazy-loading n’empêche pas le chargement réel des contenus pour les moteurs

  • Éviter les duplications de titres ou d'accroches dans les slides

  • Ne pas cacher de contenu pertinent dans des éléments dynamiques que Google ne verra pas

En résumé, chaque élément graphique doit être pensé pour exister à la fois pour l’utilisateur et pour Google.

Quelle évolution (IA, recherche visuelle, 3D/AR, personnalisation…) va, selon toi, le plus bouleverser l’e-commerce dans les prochaines années, et pourquoi ?

La personnalisation temps réel dopée à l’IA est, selon moi, l’évolution la plus structurante. Elle va permettre de proposer :

  • des parcours d’achat individualisés,

  • des recommandations plus fines,

  • une adaptation du catalogue ou des visuels selon le profil du visiteur, son historique, sa localisation ou son comportement en temps réel.

L’enjeu : offrir à chaque visite un site qui ressemble à son utilisateur.

Quel conseil essentiel donnerais-tu à une marque qui débute en e-commerce ?

Il ne faut pas se lancer pour “avoir un site”. Il faut se lancer pour vendre. Il faut se concentrer sur :

  • Une offre claire

  • Une promesse forte

  • Une arborescence pensée utilisateur

  • Des canaux d’acquisition testés (SEO, Ads, e-mail…)

  • Et surtout, une vision long terme

Car l’e-commerce, ce n’est pas juste une boutique en ligne.

C’est une machine à capter, convertir et fidéliser — si elle est bien construite.